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Le castillan est une des trois langues qui se sont étendues vers le sud de la péninsule avec la “reconquista” , au fur et à mesure que les royaumes du nord s’étendaient vers le sud, entre le catalan à l’est, et le galicien-portugais à l’ouest (avec les parlers intermédiaires léonais et aragonais). Le castillan se distingue des deux autres langues par une forte influence phonétique du basque, d’où certaines particularités: f initial remplacé par h (hijo, hogar, hierro), jota etc. Le castillan du sud (andalou) présente des particularités : la zeta se prononce comme s, la jota et le r sont affaiblis (mujer > muhe). Le castillan a été imposé par le centralisme à tout l’État, surtout pendant le franquisme, au point que le mot castillan est remplacé par “espagnol”, mais les autres langues ont regagné leur statut et prennent de l’importance, même si beaucoup de touristes allemands et d’hispanistes français refusent de le voir. Le castillan s’est répandu en Amérique latine à l’ouest d’une ligne fixée par le traité de Tordesillas (sous une forme dérivée surtout des parlers andalous), avec diverses variantes ne gênant pas vraiment l’intercompréhension. C’est sans doute la langue la moins menacée par la mondialisation anglophone .

Le catalan s’est répandu à l’est de la péninsule ibérique, jusqu’au sud de Murcia, dans le cadre de la “reconquista”. Il a connu une ère de grande diffusion culturelle, et la prospérité de Barcelone a contribué à son maintien. C’est une langue relativement proche de l’occitan, qui est parlée aussi dans le Roussillon. Mais la France est très hostile à sa reconnaissance officielle, et les hispanistes français le méprisent cordialement. Les catalanophones de Valencia prétendent parler une langue différente, mais leurs arguments sont plus politiques que linguistiques.

Le prestige de l’italien est lié au renouveau de l’art occidental à l’époque de la Renaissance, en littérature, peinture, musique (notamment l’opéra). Le manque d’unité politique ne lui a pas permis de s’affirmer, et l’empire colonial italien a été éphémère. Et le fascisme donne une coloration négative à sa défense (comme pour l’allemand et l’espagnol). L’italien est relativement peu enseigné, et l’italien moderne est truffé d’anglicismes qui lui font perdre beaucoup de son charme. En plus les Italiens jouent souvent les internationalistes progressistes et préfèrent parler en mauvais anglais avec les Français qui les comprendraient peut-être avec un petit effort de part et d’autre. L’italien standard est issu des parlers de Toscane, et les autres dialectes en diffèrent notablement (chiove pour piove à Naples)

Le latin n’était à l’origine que le parler d’une petite province, le Latium, et il est devenu la langue d’un empire très étendu, pour évoluer ensuite vers différentes langues néolatines sous l’influence de divers substrats et adstrats (gaulois et franc en France du nord par exemple). Langue du christianisme occidental, elle a longtemps servi en Europe de langue savante et internationale (mais chacun la parlait avec la phonologie de sa propre langue). Supplanté au 17e siècle par le français, puis par les langues nationales, son abandon par l’église catholique a accéléré sa désaffection, et il n’est plus enseigné qu’à un petite minorité.

L’occitan est l’ensemble des parlers de la France du sud (puisque Languedoc désigne plus précisément une région). La France romane s’est divisée en deux zones : au nord, les parlers d’oïl (dérivé de «hoc ille» et ayant évolué en «oui»), et les parlers d’oc où on ne disait que hoc (avec une zone de transition à l’est, les parlers franco-provençaux, qui s’étendent aussi en Suisse romande). L’hégémonie du nord a fait perdre son prestige à la langue des troubadours, et malgré certains efforts elle a presque disparu (et n’est pratiquement plus transmise même si elle est cultivée et enseignée) ; d’autant plus que les différentes régions n’ont pas trouvé un standard commun. Elle survit dans le fameux accent du midi où les e finaux ne sont pas muets, où il n’y a pas les nasales du français standard, et avec quelques constructions typiques (me battre à moi). Ceux qui prétendent que ce sont les gens du nord qui ont un accent commettent une erreur tragique, car ils tendent à faire oublier que c’est la politique centraliste du nord qui leur a imposé sa langue à coups de règle sur les doigts et non l’inverse.

Le portugais est une des trois langues de la reconquista, qui s’est affirmée, malgré une grande proximité avec le castillan, grâce à l’indépendance du Portugal, alors que l’union de l’Aragon avec la Castille a fait passer le catalan au second plan. Le portugais s’est répandu dans l’empire colonial portugais, en Afrique et au Brésil (avec quelques particularités phonétiques et de vocabulaire). Malgré la grande ressemblance de la langue écrite avec le castillan, les différences phonétiques ne permettent pas une intercompréhension immédiate. Mais Si les Brésiliens vous disent qu’ils ne comprennent pas du tout l’espagnol, ne les croyez pas, c’est simplement parce qu’ils ne supportent pas les Argentins .

Le roumain a longtemps été isolé des autres langues latines; il s’écrivait en caractère cyrilliques jusqu’au milieu du XIXe siècle. Il a fait de nombreux emprunts aux langues slaves (a iubi), au turc, au hongrois. Mais les racines latines sont très reconnaissables et une certaine intercompréhension est possible avec l’italien (nu îmi place / non mi piace). Leur francophilie les a poussé à faire de nombreux emprunts (abajur, tirbuson…), et certains vont même jusqu’à ne pas rouler les r. Les Roumains insistent beaucoup pour dire qu’ils sont des Latins (tandis que les Russes les considèrent comme des Slaves latinisés), mais on ne sait pas très bien ce que ça veut dire, puisque la langue n’est pas dans le sang.

Apporté par des colons venus de Grande Bretagne au 10e siècle, le breton est proche du cornique (qui a disparu) et du gallois. C’est un des parlers de France qui a été le plus méprisé et combattu par l’enseigne-ment centraliste, avec la bénédiction des élites locales. Sa renaissance relative (écoles Diwan) ne remédie pas à la coupure entre la génération des anciens et les jeunes apprenants qui ont en général un fort accent français.

L’allemand standard est issu des parlers de transition entre les parlers du nord (niederdeutsch, dont dérive le néerlandais) et du sud. La Bible de Luther a beaucoup contribué à sa domination progressive. Les trois grandes variantes se sont étendues vers l’est dans le cadre de la colonisation (le niederdeutsch était parlé en Silésie et en Prusse orientale, le Mitteldeutsch en Silésie). Malgré ce qu’aimerait nous faire croire la France officielle qui a interdit l’Anschluss en 1918 (et les Autrichiens trop contents de se faire passer pour des victimes du nazisme en 1945), il n’y a pas de frontière linguistique entre l’Autriche et l’Allemagne. L’ensemble du territoire est divisé entre différents dialectes, et la coloration viennoise n’est pas plus ridicule que celle de Berlin. Le territoire de l’allemand a rétréci en 1945 avec l’évacuation des provinces orientales. Mais le danger le plus grand est l’infestation avancée par des mots anglais pour désigner les choses les plus banales (vous avez une swimming-pool dans votre jardin ?), prononcés sans aucune concession à la phonologie allemande, sans doute en réaction aux excès du nationalisme.

Le néerlandais est devenu langue littéraire et nationale dans le cadre de l’indépendance des Pays Bas au 16e-17e siècle. Mais la frontière avec l’Allemagne n’est pas à l’origine une frontière linguistique (elle le devient bien sûr si les parlers locaux disparaissent). C’est une des langues les plus difficiles à apprendre du fait de la mauvaise volonté des Hollandais qui parlent systématiquement anglais aux étrangers, même – voire surtout – à ceux qui ne le comprennent pas.

Le yidich (non, rien ne justifie la graphie anglaise yiddish pour désigner une langue d’Europe orientale) est la langue des Juifs de l’ancienne Pologne émigrés d’Allemagne dans la première moitié du deuxième millénaire. Ecrit en caractères hébraïques (l’écriture étant souvent liée à la religion), c’est une langue proche de l’allemand (ce qui permet une intercompréhension relative), avec des emprunts à l’hébreu (qui était la langue liturgique et savante comme le latin était celle des chrétiens et l’arabe celle des musulmans non arabophones) et aux langues slaves, avec des particularités phonétiques et syntaxiques. Certains mots germaniques disparus de l’allemand standard existent encore dans les dialectes (par exemple shnur = bru). Le yidich a été presque totalement détruit par les nazis, il ne survit qu’en dehors de son espace d’origine, mais pas en Israël où il a été combattu. Son avenir est sombre, malgré les efforts de ceux qui le cultivent et le chantent.

Les langues slaves sont assez proches les unes des autres pour que certains mots soient presque identiques. Quelques traits communs: double série de consonnes, «dures» et «mouillées» (ou palatalisées); aspect des verbes (perfectif/imperfectif), apparenté – mais non identique – à l’opposition imparfait/parfait du latin et des langues néolatines. Le polonais a une palatalisation très avancée. Il se distingue des autres langues slaves par la présence de nasales (correspondant souvent à [u] en russe). L’espace est relativement homogène, sans doute en réaction à la colonisation allemande et à la domination russe. Comme le néerlandais et l’hébreu, le polonais est très difficile à apprendre parce que les Polonais vous répondent en anglais quand vous essayez de parler leur langue. Et si vous dites que vous ne comprenez pas l’anglais, ils ne vous parlent plus.

Le russe a subi l’influence des langues finnoises du nord. Il s’est étendu à partir de la fin du 18e siècle sur une grande partie de l’Asie où il menace sérieusement les langues locales qui lui ont fait des emprunts parfois si massifs qu’il ne reste presque plus rien du vocabulaire.

Le serbocroate est une koïné qui a été fabriquée au 19e siècle par des intellectuels serbes et croates, dans le cadre d’une idéologie panslave (mais toutes les langues officielles sont des koïnés fabriquées artificiellement dans le cadre d’une idéologie nationale). Contrairement aux déclarations péremptoires des nationalistes des deux bords (et de leurs porte-parole en France, quelle que soit la profondeur de leur décolleté), il n’y a pas une langue serbe et une langue croate (et encore moins une langue bosniaque! Les Bosniaques sont les musulmans, faudra-t-il inventer un mot aussi pour le serbo-croate des juifs ou des athées?), il y a un ensemble de dialectes, certains parlés majoritairement dans les régions traditionnellement orthodoxes, d’autres dans les régions catholiques. La différence est en effet essentiellement religieuse (même chez les incroyants, Dieu merci) et recouvre une division très ancienne entre les influences romaine et grecque. Le “croate” est donc la version du serbo-croate écrite en caractères latins, et le “serbe” celle écrite en cyrillique. L’un étant le calque de l’autre.

Le tchèque a résisté mille ans à la germanisation et cinquante ans à la domination soviétique, mais en quelques années le centre de Prague est devenu une sorte de Disneyland pseudo-américain. Si vous voulez parler tchèque et manger des plats typiques, allez vers les faubourgs. Et dépêchez-vous.

Le grec moderne résulte d’une évolution comparable à celle qui mène du latin à l’italien. La langue écrite est très conservatrice du fait que le grec ancien est cultivé.

Le persan est une langue indoeuropéenne ; elle a subi une forte influence de l’arabe, renforcée encore par les intégristes.

Le hongrois a une parenté assez lointaine avec le finnois. Il a subi une résurrection au 19e siècle dans le cadre de la «magyarisation» qui respecte les racines magyares mais dont la structure est très influencée par l’allemand.

Le turc s’écrivait jusqu’en 1920 en caractères arabes. Il a emprunté de nombreux mots à l’arabe. Mais il est proche de certaines langues de la Sibérie (turkmène, kazakh etc.).

Le géorgien est une langue isolée (malgré de fréquentes élucubrations sur sa parenté avec le basque). Le maintien de la diversité linguistique a été favorisé par le relief montagneux. Le mot vin, non indo-européen, semble venir du géorgien (à mettre en relation avec l’histoire de Noé). La structure n’est pas vraiment exotique, il se peut qu’il y ait une parenté lointaine avec l’indo-européen.

Les langues sémitiques semblent provenir d’un épicentre situé au sud de l’Arabie dont la langue serait assez proche de l’arabe classique.

L’arabe s’est répandu dans le cadre de l’expansion de l’Islam et a donné naissance à divers dialectes, mais le lien est toujours présent avec la langue du Coran.

L’hébreu moderne ne résulte pas d’une évolution «naturelle» de l’hébreu ancien qui aurait été transmis de génération en génération, mais d’une reconstruction à partir des sources écrites et d’une tradition certes orale, mais réservée aux hommes lettrés et adaptée à la phonologie de chaque langue. Il ne comporte donc pas comme le grec moderne la trace d’une longue évolution naturelle. Malgré son ancienneté, l’hébreu pré-sente, sans doute sous l’influence de substrats, des traits d’évolution divergente par rapport à l’arabe (aug-men-ta-tion du nombre des consonnes et diminution du nombre de consonnes par exemple). L’écriture de l’hébreu actuel est celle de l’araméen; sa forme ancienne était très proche de celle du phénicien, langue pour laquelle le premier alphabet a été créé. Recréé par des linguistes soucieux de cohérence, l’hébreu moderne comporte peu d’internationalismes. Il possède deux “dialectes” qui ne correspondent pas à des régions, mais à l’origine des immigrés: Europe ou pays arabo-musulmans. La phonologie standard est en gros celle des orientaux prononcée par des occidentaux.

L’écriture non phonétique du chinois permet une unité malgré la diversité des parlers. La langue officielle est le mandarin, langue de la capitale du nord.

Le japonais est une langue isolée. L’écriture dérive de celle du chinois. Le syllabaire hiragana a été introduit pour permettre la lecture aux «ignorants» c’est-à-dire aux femmes.

Les langues de l’Afrique subsaharienne sont écrites depuis peu, parce que l’alphabétisation se fait en général en français dans les anciennes colonies.